Cauchemars et terreurs nocturnes : distinguer pour mieux agir

Beaucoup de parents sont confrontés aux premiers cauchemars ou aux terreurs nocturnes de leur enfant lorsqu’il arrive à l’âge d’un ou deux ans et ils se demandent comment réagir pour l’aider à traverser ces moments difficiles.

La première chose à faire pour savoir comment réagir est de savoir à quoi nous avons affaire.

Les cauchemars sont des expériences mentales désagréables connues aussi sous le terme de « mauvais rêves » et associés à des réveils pendant la nuit.

Lorsque l’enfant raconte son rêve, on peut déceler des émotions telles que la peur et la tristesse.

Presque tous les enfants vivent des cauchemars au cours de leur vie. Une petite proportion d’enfants, autour de 1 à 4 %, rapporte vivre « souvent » des cauchemars. Les cauchemars font partie de la vie, surtout lors de l’enfance.

Les terreurs nocturnes, quant à elles, sont beaucoup moins habituelles que les cauchemars, même si l’on observe qu’environ 40 % des enfants ont vécu une terreur nocturne au moins une fois dans leur vie. Il s’agit d’épisodes d’éveil incomplets où l’enfant présente des signes physiques de peur (voir de terreur, d’où l’origine du nom) tels que des cris, de la sueur et une respiration rapide. L’enfant peut sembler inconsolable, il peut hurler, crier, paniquer, etc., et ce, jusqu’à ce qu’il se rendorme complètement.

Certains enfants se dressent dans leur lit avec les yeux grands ouverts et le regard vide; ils paraissent éveillés. D’autres enfants s’assoient ou se débattent dans leur lit tout en gardant les yeux fermés.

Les épisodes ont une durée moyenne de 1 à 5 minutes, mais peuvent être plus longs (jusqu’à 30 minutes) particulièrement chez les enfants plus jeunes.

L’épisode semi-éveil / semi-endormi se termine lorsque l’enfant passe soit à l’état endormi, soit à l’état d’éveil complet. Certains enfants retrouvent le sommeil directement tandis que d’autres s’éveilleront d’eux-mêmes, sans aucun souvenir de l’épisode, avant de s’endormir à nouveau.

Les parents dĂ©crivent les terreurs nocturnes comme Ă©tant impressionnantes et très stressantes. Il semble que les terreurs nocturnes soient beaucoup plus Ă©prouvantes pour les parents que pour les enfants. Il ne faut pas hĂ©siter Ă  en parler avec d’autres adultes.

Il est recommandĂ© d’évacuer le stress et les Ă©motions ressentis en parlant avec l’autre parent, une personne de confiance, ou en s’adressant aux professionnel(le)s de la santĂ© (groupe, ligne d’aide, consultation, organismes communautaires, etc. – voir page Ressources du site Apprendre Ă  dormir).

Voici trois indices permettant de différencier les cauchemars des terreurs nocturnes :

Quel âge a mon enfant?

Les cauchemars apparaissent autour de 2 ans et sont plus frĂ©quents entre 3 et 10 ans.  Avec le dĂ©veloppement, alors que l’enfant vieillit, ils diminuent en intensitĂ© et en frĂ©quence. Les terreurs nocturnes sont plus frĂ©quentes entre 1 et 4 ans.

Quand est-ce arrivé dans la nuit? Au début? En fin de nuit avant le réveil matinal?

Premier train de sommeil

Les terreurs nocturnes perturbent plus souvent les dĂ©buts de nuit (ou pendant la sieste) et ils arrivent 1 Ă  2 heures après l’endormissement en sommeil lent profond, lors des enchaĂ®nements des premiers trains de sommeil.

Dernier train de sommeil

Les cauchemars sont du matin et ils arrivent gĂ©nĂ©ralement aux aurores, en fin de nuit, pendant les enchaĂ®nements des derniers trains de sommeil lors du sommeil paradoxal.

Est-ce que l’enfant recherche de la proximité ou ne semble pas avoir conscience de votre présence?

Lors d’un cauchemar, l’enfant recherche une présence sécurisante et le parent arrive à apaiser l’enfant. Pendant une terreur nocturne, l’enfant n’est pas tout à fait réveillé et il n’est pas ou peu conscient de la présence de l’adulte. Il peut appeler son parent ou crier « maman/papa », mais quand le parent tente de le réconforter en lui parlant ou le touchant, l’effet inverse peut se produire, c’est-à-dire que la terreur nocturne semble s’aggraver.

Voici un tableau récapitulatif :

Que faire alors…?

On rĂ©veille pour rĂ©conforter ou on ne rĂ©veille pas? On en parle ou on n’en parle pas?

Les parents souhaitent souvent réveiller et réconforter leur enfant pendant ces moments difficiles. Puisque les cauchemars et les terreurs nocturnes ne se produisent pas dans le même stade de sommeil, les comportements à adopter ne sont pas les mêmes.

  • Les rĂ©veils de rĂ©confort sont possibles et souhaitables en rĂ©ponse aux cauchemars, car ils se produisent en sommeil agitĂ©-paradoxal, lequel est moins profond et plus près de l’état d’éveil. Le rĂ©veil apportera le rĂ©confort souhaitĂ© et permettra Ă  l’enfant de changer de wagon de train de sommeil, ce qui fera cesser le cauchemar en plus de favoriser l’endormissement.
  • Pour les cauchemars, il est recommandĂ© d’en parler calmement pendant la journĂ©e en accueillant les Ă©motions de l’enfant. La peur ressentie, par exemple, est bien rĂ©elle et nĂ©cessite que l’enfant soit rĂ©confortĂ©. Rassurer l’enfant, expliquer, dĂ©dramatiser avec humour et imagination le lendemain matin ou pendant la journĂ©e permettra, entre autres, de rĂ©duire la frĂ©quence et l’intensitĂ© des cauchemars.
  • Ă€ l’inverse, pour les terreurs nocturnes, mĂŞme si ces minutes paraissent une Ă©ternitĂ© pour les parents, il n’y a pas grand-chose Ă  faire Ă  part garder son calme et attendre que ça passe. Il est recommandĂ© d’assurer la sĂ©curitĂ© de l’enfant afin qu’il ne tombe pas du lit ou se blesse et surtout, ne pas le rĂ©veiller pendant l’épisode. La terreur nocturne se terminera d’elle-mĂŞme après quelques minutes. RĂ©veiller l’enfant peut causer plus de dĂ©tresse puisqu’il se trouve dans un Ă©tat mental entre le sommeil profond et l’éveil. En effet, en se rĂ©veillant, il prendra conscience de ses Ă©motions et de ses manifestations physiques en lien avec sa terreur nocturne. De plus, ceci s’ajoutera Ă  la dĂ©sorientation et Ă  la confusion que provoque un rĂ©veil en sommeil profond. Il faut se rappeler que l’enfant ne souffre pas pendant la terreur nocturne, qu’il n’en a pas conscience et qu’il retournera dans un sommeil plus paisible une fois l’épisode terminĂ©.
  • Ainsi, en plus de ne pas rĂ©veiller l’enfant, il est Ă©galement recommandĂ© de ne pas amorcer une discussion sur l’épisode de terreur nocturne : ni pendant la nuit si l’enfant se rĂ©veille, ni le lendemain. Comme il ne garde pas de souvenirs de l’évĂ©nement, en parler pourrait inquiĂ©ter l’enfant et avoir des consĂ©quences nĂ©gatives sur la qualitĂ© de son sommeil. Par exemple, l’enfant pourrait craindre ses terreurs nocturnes ou se mettre dans un Ă©tat de stress avant d’aller au lit, ce qui pourrait compliquer l’endormissement, crĂ©er une rĂ©sistance au sommeil ou affecter nĂ©gativement la relation apaisante qu’il entretient avec le sommeil.

Ce texte est rĂ©alisĂ© en collaboration avec Apprendre Ă  dormir

Vulgarisation scientifique de Gabrielle FrĂ©chette-Boilard, M. Ps. Ă©d. et doctorante, Catherine Lord, Ph. D. et Evelyne Touchette, Ph. D.

Ce texte complĂ©mente l’outil de prĂ©vention et d’intervention « ABRACADABRA pour vaincre ou prĂ©venir les cauchemars et les terreurs nocturnes » qui s’adresse Ă  tous les donneurs de soins incluant les parents d’enfants de 18 mois Ă  l’adolescence.

Inspirations et sources scientifiques